Une cheville gonflée suite à une entorse? Mettez de la glace! Un claquage musculaire? Mettez de la glace! Une épicondylite? Mettez de la glace! Du « icepack » jusqu’à l’immersion, la glace est utilisée depuis des décennies pour diminuer la douleur, résorber le gonflement et favoriser la récupération à la suite d’exercices ou à la suite d’une blessure. Bien que certaines études ont conclu que l’utilisation de la glace réduit efficacement la douleur, la durée de convalescence et favorise un retour plus rapide à la fonction, de récentes études tendent à démontrer qu’il serait probablement mieux de l’éviter. Que doit-on en penser? En voici un résumer.

  1. La douleur, le gonflement, la fonction et le retour aux activités normales.

Un article publié dans l’Emergy Medicine Journal en 2008 a tenté de regrouper les résultats d’études réalisées sur l’utilisation de la glace[1]. L’auteur souhaitait de vérifier l’effet de la glace sur la réduction de la douleur, la réduction de l’œdème (gonflement), l’amélioration de la fonction et le délai de retour aux activités normales. Seule les effets sur la douleur auraient été clairement démontrés. Les autres résultats étaient conflictuels dépendamment des articles. L’auteur a conclu qu’il n’y avait pas assez d’évidences pour suggérer l’utilisation de la glace suite à une blessure due à la piètre qualité des études réalisées sur le sujet. Beaucoup d’études ont été réalisées sur des animaux anesthésiés, utilisant la glace pendant plus de 20 minutes. Seule l’application de glace immédiatement après une blessure a semblé avoir des effets sur l’œdème.

  1. Les dommages musculaires

Un regroupement de 27 études réalisé par des chercheurs européens a démontré que la glace diminue efficacement les courbatures musculaires jusqu’à 96 heures après des exercices intenses.[2] Malgré cette diminution de douleur, d’autres auteurs estiment que l’utilisation de la glace aurait des effets néfastes sur l’adaptation naturelle de corps humain à la suite de dommages musculaires. Des chercheurs japonais ont analysé les effets de la glace suite à une blessure musculaire chez le rat[3]. Voici ce qu’ils ont pu observer :

  • Après 12 heures : Une diminution du nombre de macrophages. Dans la régénération musculaire, les macrophages sont responsables du nettoyage des débris, un processus indispensable pour les phases subséquentes de la guérison.
  • Après 3 jours : Une diminution du nombre de cellules musculaires en régénération.
  • Après 4 jours : Les cellules musculaires en régénération étaient plus petites.
  • Après 2 semaines : La maturation des cellules était visiblement réduite.
  • Après 4 semaines : Les cellules régénérées étaient plus petites de 65% et il y avait des formations anormales de fibres de collagène (fibrose) autour des fibres musculaires.

Un autre groupe de chercheurs a comparé les effets de l’immersion en eau froide sur la récupération musculaire et les signaux anaboliques permettant la guérison après un entraînement musculaire de 12 semaines.[4] Ils ont démontré que l’immersion en eau froide atténuait les gains de masse musculaire et retardait l’activation de cellules importantes à la régénération musculaire.

  1. Stabilité et la proprioception (sens du mouvement)

Plusieurs études démontrent que l’utilisation de glace diminue le contrôle neuromusculaire des muscles de la cheville. Cette diminution de contrôle entraînerait une diminution de la stabilité (équilibre)[5] et serait due à une diminution de la vitesse de conduction nerveuse[6]. Le même constat a été fait au niveau du genou.[7] Il y aurait donc un risque accru de blessure suite à l’application de la glace.

  1. En conclusion

L’utilisation de la glace, bien qu’extrêmement populaire, ne devrait probablement pas faire partie des recommandations de base des traitements de blessures musculosquelettiques. L’inflammation semblerait être essentielle à une régénération optimale des fibres musculaires. Les avantages de la glace sont largement outrepassés par leurs inconvénients.

Voici un tableau résumé des avantages et inconvénients de l’application de la glace :

Avantages

Inconvénients

  • ↓ la douleur
  • ↓ courbatures musculaires
  • ↓ le gonflement si immédiatement après la blessure (possiblement)
  • ↓ délai de retour aux activités normales (possiblement)
  • le débridage
  • la régénération musculaire
  • la fibrose musculaire
  • les gains de masse musculaire
  • le contrôle neuromusculaire (↑ risque de blessure post-utilisation)

 

 

[1] COLLINS, N. C. Is ice right? Does cryotherapy improve outcome for acute soft tissue injury? Emergency Medicine Journal, 2008, vol. 25, no 2, p. 65-68.

[2] HOHENAUER, Erich, TAEYMANS, Jan, BAEYENS, Jean Pierre, et al. The effect of post-exercise cryotherapy on recovery characteristics: A systematic review and meta-analysis. 2014.

[3] TAKAGI, Ryo, FUJITA, Naoto, ARAKAWA, Takamitsu, et al. Influence of icing on muscle regeneration after crush injury to skeletal muscles in rats. Journal of applied physiology, 2011, vol. 110, no 2, p. 382-388.

[4] ROBERTS, Llion A., RAASTAD, Truls, MARKWORTH, James F., et al. Post‐exercise cold water immersion attenuates acute anabolic signalling and long‐term adaptations in muscle to strength training. The Journal of physiology, 2015, vol. 593, no 18, p. 4285-4301.

[5] FULLAM, Karl, CAULFIELD, Brian, COUGHLAN, Garrett F., et al. Dynamic Postural-Stability Deficits After Cryotherapy to the Ankle Joint. Journal of athletic training, 2015, vol. 50, no 9, p. 893-904.

[6] MACEDO, Christiane SG, ALONSO, Carolina S., LIPORACI, Rogério F., et al. Cold water immersion of the ankle decreases neuromuscular response of lower limb after inversion movement. Brazilian journal of physical therapy, 2014, vol. 18, no 1, p. 93-97.

[7] ALEXANDER, Jill, SELFE, James, OLIVER, Ben, et al. An exploratory study into the effects of a 20 minute crushed ice application on knee joint position sense during a small knee bend. Physical Therapy in Sport, 2015.