J’ai toujours cru qu’une déchirure du ligament croisé antérieur (LCA) chez les athlètes nécessitait une chirurgie reconstructrice si un retour à la compétition était envisagé. Les exigences physiques de certains sports étant très élevées, on ne voudrait pas nuire à la carrière des athlètes. Or, la réponse à la question posée dans le titre de cet article est plus nuancée qu’il n’y paraît.

Retour aux activités sportives après une chirurgie de reconstruction du LCA

Une méta-analyse[1] regroupant 69 études et 7556 athlètes ayant subi une chirurgie de reconstruction du LCA a démontré qu’après 1 an :

  • 65% des ont repris le sport pratiqué avant la blessure.
  • Seulement 55% ont repris la compétition.
  • Ceux qui avaient une fonction du genou sévèrement anormale ou anormale étaient tout aussi nombreux à retourner aux activités sportives que ceux qui avaient une fonction légèrement sous la normale ou normale.

Le faible taux de retour au jeu compétitif pourrait être expliqué par le délai d’un an. Peut-être que plusieurs athlètes nécessitent plus d’un an pour récupérer un niveau fonctionnel satisfaisant pour reprendre la compétition. Or, le même groupe de recherche a étudié le retour au jeu de sportifs jusqu’à 7 ans après une chirurgie de reconstruction du LCA et a obtenu les résultats suivants :

  • 3 ans après la reconstruction, 2 athlètes sur 3 ont pratiqué leur sport à un certain point après la chirurgie. Toutefois, seulement 1 athlète sur 3 continue de pratiquer son sport après 3 ans.[2]
  • Encore une fois, le niveau fonctionnel du genou (force, flexibilité, contrôle neuromusculaire) n’a pas affecté le taux de retour au jeu.

Les chercheurs ignorent si le haut taux d’abandon du sport est dû à des retraites prématurées ou si les athlètes ont simplement décidé de pratiquer d’autres sports. Dans tous les cas, je suis étonné du faible taux de retour au jeu.

Et sans chirurgie ?

Un groupe de chercheurs suédois ont recruté 121 athlètes avec des déchirures du LCA de moins de 4 semaines et les ont suivis pendant 5 ans.[3] Ces athlètes participaient tous à des sports nécessitant des pivots et des changements de direction. Ils les ont divisés en 2 groupes randomisés : un groupe chirurgie immédiate et un groupe chirurgie optionnelle. Les deux groupes ont reçu les mêmes interventions de réadaptation. Voici les résultats :

  • Après 2 ans, le niveau fonctionnel rapporté était le même dans tous les groupes.
  • Le retour à la compétition était le même dans chacun des groupes après 2 ans et 5 ans.
  • Aucune différence n’a été observée quant aux signes radiologiques du genou atteint après 5 ans.

Des résultats similaires ont été obtenus par d’autres chercheurs soutenant qu’il n’y avait aucune différence au niveau fonctionnel entre les athlètes opérés ou non 1 an après la chirurgie.[4] Seule la laxité ligamentaire des joueurs non opérés était significativement plus élevée. Par contre, leur performance au hop test était meilleure.

Donc… opération ou non ?

La réponse courte : ça dépend.

Si la seule raison de référer un client pour une reconstruction du ligament croisé antérieur est de permettre le retour au jeu compétitif, il n’existe actuellement aucune base scientifique pour justifier cette raison. Cependant, avant de répondre à la question, il faut comprendre que le principal facteur de retour au jeu chez les athlètes ayant subi une déchirure du LCA est l’état psychologique.[5] Le manque de confiance envers son genou, la peur de se blesser à nouveau et la perception d’une mauvaise fonction du genou sont les principales raisons limitant le retour au jeu compétitif. Il existe un questionnaire nommé l’ACL-Return to Sports Injury scale (ACL-RSI) qui évalue l’état psychologique par rapport à un éventuel retour à la compétition. Les athlètes ayant ≥ à 56 points sont 8 fois plus nombreux à y retourner! Ça démontre à quel point la dimension psychologique est importante. Cela implique que, si l’athlète est convaincu qu’il lui est nécessaire d’être opéré pour retourner au jeu et se sentir en sécurité, alors l’opération serait indiquée.

Au final, ce sont les croyances et les préférences de l’athlète qui devraient déterminer la pertinence d’une chirurgie de reconstruction du LCA. Pour le reste, les données dont nous disposons actuellement indiquent qu’il n’y aurait aucune différence en termes de fonction ou de performance.

 

[1] Ardern, Clare L., et al. “Fifty-five per cent return to competitive sport following anterior cruciate ligament reconstruction surgery: an updated systematic review and meta-analysis including aspects of physical functioning and contextual factors.” British journal of sports medicine 48.21 (2014): 1543-1552.

[2] Ardern, Clare L., et al. “Return-to-sport outcomes at 2 to 7 years after anterior cruciate ligament reconstruction surgery.” The American journal of sports medicine 40.1 (2012): 41-48.

[3] Frobell, Richard B., et al. “Treatment for acute anterior cruciate ligament tear: five year outcome of randomised trial.” BMJ: British Medical Journal 346 (2013).

[4] Grindem, Hege, et al. “A pair-matched comparison of return to pivoting sports at 1 year in anterior cruciate ligament–injured patients after a nonoperative versus an operative treatment course.” The American journal of sports medicine (2012): 0363546512458424.

[5] Ardern, Clare L., et al. “The impact of psychological readiness to return to sport and recreational activities after anterior cruciate ligament reconstruction.” British journal of sports medicine 48.22 (2014): 1613-1619.