« Mon psoas est trop raide. » C’est une complainte que j’entends régulièrement dans ma pratique pour expliquer plusieurs maux. Écrivez « Étirer son psoas » dans le moteur de recherche Google et vous trouverez plus de 18 000 liens. La plupart de ces liens attribuent une raideur du psoas aux maux de dos en supposant qu’un psoas « hyperactif » ou trop fort augmenterait la lordose lombaire (creux du bas du dos), ainsi que les pressions sur le dos tout en limitant l’extension de la hanche. On vous propose ensuite plusieurs stratégies pour l’étirer…

Le rôle principal du psoas n’est pas de fléchir la hanche

Il est vrai que d’un point de vue purement anatomique, le psoas s’étend des vertèbres lombaires jusqu’à la hanche. Il est donc facile de s’imaginer qu’une contraction de ce muscle entraîne inévitablement une augmentation de la lordose lombaire et/ou la flexion de la hanche. Selon différentes études anatomiques et biomécaniques, le psoas se raccourcit que de 1 à 2.5 cm lors de sa contraction. De plus, sa ligne d’action est trop proche de l’axe de rotation pour contribuer significativement aux mouvements de la hanche.[1] En fait, le psoas serait efficace comme fléchisseur de la hanche seulement entre 45 et 60°.[2] Les principaux fléchisseurs c’est-à-dire ceux qui sont en mesure de développer un plus grand moment de flexion de la hanche sont (en ordre croissant) le droit fémoral, le sartorius, le long adducteur, le tenseur du fascia lata et le pectiné.[3] Donc, si vous manquez d’extension à la hanche, un ou plusieurs de ces muscles seraient plus susceptibles d’être le ou les coupables.

muscles

Le psoas n’a pas d’effet majeur sur la lordose lombaire

Au niveau lombaire, le psoas entraîne effectivement des forces de cisaillement et de compression pouvant entraîner un stress supplémentaire sur les articulations. Toutefois, il exerce toujours davantage de forces de compression que des forces de cisaillement et n’a donc pas d’effet majeur sur la lordose lombaire.[4] Malheureusement, c’est une croyance répandue par Vladimir Janda, un médecin Czech né en 1928 qui a développé plusieurs théories sur le « déséquilibre musculaire » pour appuyer ses observations. Il a proposé le Crossed Pelvis Syndrome, où un déséquilibre entre les fléchisseurs et les extenseurs de la hanche et du dos entraînerait une hyperlordose chez ses patients.

psoas

Largement répandu sur internet, ce syndrome n’a jamais été appuyé par la science, bien qu’on me l’ait déjà enseigné lors de mes études en kinésiologie comme s’il s’agissait d’une science exacte.

Le vrai rôle du psoas : la stabilisation

aslr

Une récente étude a évalué le rôle des 4 muscles à la hanche dans le mouvement d’Active Straight Leg Raising (ASLR), un mouvement de flexion de la hanche.[5] Contrairement au droit fémoral, au long adducteur et à l’iliaque, ils ont observé que les deux psoas (le droit et le gauche) étaient également actifs lors du lever d’une seule jambe.

psoas in ASLR

Comment expliquer que le psoas gauche est tout aussi actif que le droit lors du lever de la jambe droite, alors qu’il n’y a aucune flexion du côté gauche? Selon les auteurs, l’explication la plus simple est que son rôle serait de stabiliser la région lombaire en limitant la rotation. Cette hypothèse a été également soutenue par une autre équipe de recherche. Celle-ci a observé que les individus ayant un déficit de contrôle de la rotation lombaire avaient un degré de contraction plus faible des psoas dans les mouvements de rotation.[6]

Le psoas et les douleurs lombaires

Lorsque nous souffrons d’une douleur aigüe dans le bas du dos, la recherche nous démontre qu’il y a une diminution de l’activité musculaire.[7] Si cette inhibition persiste, on aperçoit une atrophie des fibres musculaires du psoas.[8] [9] Pourquoi aurait-on besoin d’étirer le psoas s’il est inhibé ou atrophié?

Évidemment, si le psoas est inhibé, d’autres muscles doivent augmenter leur activité pour accomplir une même tâche. Généralement, en présence de douleur, on utilise des stratégies motrices réservées à des gestes de plus haute intensité.[10] Lorsque la lombalgie persiste, il devient important d’identifier les muscles hyperactifs, car ils pourraient faire partie d’une stratégie d’adaptation inefficace. Ce sont ces muscles que nous devrions calmer et tenter d’allonger.

Conclusion

Selon les évidences présentées plus haut, nous devrions renforcer le psoas dans son rôle de stabilisateur plutôt que l’étirer. Malheureusement, il n’existe pas de recette universelle pour y arriver. Seule une évaluation complète permet d’identifier les muscles et les mouvements qui seront priorisés dans le plan de traitement. Selon les résultats de l’évaluation, le plan de traitement que je propose consiste généralement des trois étapes suivantes :

  1. Diminuer l’activité des muscles mobilisateurs hyperactifs à l’aide de techniques d’inhibition.
  2. Augmenter l’activité musculaire du psoas avec des exercices spécifiques de la région lombopelvienne.
  3. Réentraîner les muscles mobilisateurs dans leur rôle spécifique.

 

 

[1] Bogduk, N. P. M. H. G., M. Pearcy, and G. Hadfield. “Anatomy and biomechanics of psoas major.” Clinical Biomechanics 7.2 (1992): 109-119.

[2] Yoshio, Masaharu, et al. “The function of the psoas major muscle: passive kinetics and morphological studies using donated cadavers.” Journal of orthopaedic science 7.2 (2002): 199-207.

[3] Neumann, Donald A. “Kinesiology of the hip: a focus on muscular actions.” journal of orthopaedic & sports physical therapy 40.2 (2010): 82-94.

[4] Santaguida, P. L., and S. M. McGill. “The psoas major muscle: a three-dimensional geometric study.” Journal of biomechanics 28.3 (1995): 339-345.

[5] Hu, Hai, et al. “Is the psoas a hip flexor in the active straight leg raise?.” European spine journal 20.5 (2011): 759-765.

[6] Jeon, In-cheol, et al. “Comparison of psoas major muscle thickness measured by sonography during active straight leg raising in subjects with and without uncontrolled lumbopelvic rotation.” Manual therapy 21 (2016): 165-169.

[7] Dickx, Nele, et al. “Changes in lumbar muscle activity because of induced muscle pain evaluated by muscle functional magnetic resonance imaging.” Spine 33.26 (2008): E983-E989.

[8] Barker, Karen L., Delva R. Shamley, and David Jackson. “Changes in the cross-sectional area of multifidus and psoas in patients with unilateral back pain: the relationship to pain and disability.” Spine 29.22 (2004): E515-E519.

[9] Fortin, Maryse, and Luciana Gazzi Macedo. “Multifidus and paraspinal muscle group cross-sectional areas of patients with low back pain and control patients: a systematic review with a focus on blinding.” Physical therapy (2013).

[10] Hodges, Paul W., Henry Tsao, and Kevin Sims. “Gain of postural responses increases in response to real and anticipated pain.” Experimental brain research 233.9 (2015): 2745-2752.