On vous a déjà dit que vous aviez un dos trop creux, trop plat ou trop arrondi? Que vous aviez une épaule plus haute que l’autre? Ou encore une légère scoliose? Je vous parie qu’on vous a également dit que cela pouvait entraîner des douleurs…

Énormément d’information circule sur Internet concernant la « posture idéale ». Plusieurs professionnels de la santé interviennent sur la posture : physiothérapeutes, chiropraticiens, ostéopathes, entraîneurs personnels, etc.  Il existe même des centaines d’applications mobiles destinées à « corriger » votre posture à partir d’exercices d’étirement et de renforcement.

Bien que ces idées soient préconisées par de nombreux experts, qu’en pense réellement la science? De nombreuses études se sont penchées sur l’association entre la posture et la douleur. En voici des exemples :

La lordose lombaire

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2014 a identifié 43 études sur le sujet.[1] En comparant les gens avec et sans maux de dos, ils ont obtenu les résultats suivants :

  • Aucune différence au niveau de l’angle de la lordose entre ceux qui ont des maux de dos et ceux qui n’en ont pas.
  • Aucune différence dans l’angulation du bassin.

La lordose cervicale

Des chercheurs ont suivi 113 personnes pendant un minimum de 10 ans et ont comparé l’alignement et les changements dégénératifs observés à la résonnance magnétique (IRM) avec les symptômes cliniques de douleur au cou.[2]

  • Aucun lien entre l’alignement du cou et les symptômes cliniques.

Les asymétries posturales

Un groupe de recherche a relevé les asymétries posturales chez les jeunes adolescents. 25 ans plus tard, les chercheurs les ont questionnés sur l’apparition de douleur au cou et au dos.[3]

  • Aucune association entre une épaule plus élevée et l’apparition de douleur subséquente.
  • Aucune association entre une hanche plus élevée et l’apparition de douleur subséquente.
  • Aucune association entre les déviations de la colonne vertébrale et l’apparition de douleur subséquente.

Une autre analyse regroupant 44 études a démontré que, malgré la piètre qualité des études au sujet de l’association entre les courbures de la colonne et les douleurs, il n’existe tout simplement pas d’évidence scientifique pour affirmer qu’une mauvaise posture peut entraîner des douleurs.[4]

Même si on trouvait une association entre les deux, cela ne veut pas nécessairement dire que la mauvaise posture cause la douleur. La douleur elle-même peut entraîner des modifications posturales (positions antalgiques ou de protection).

Pourquoi n’y a-t-il pas d’association entre la posture et la douleur?

1.      Le tissu s’adapte aux exigences qu’on lui impose avec le temps.

Bref, on ne court pas un marathon sans un entraînement rigoureux. Les muscles et les articulations s’adaptent à un entraînement progressif. Le même principe s’applique aux postures… Tout est une question de dosage.

L’idée principale derrière la théorie que la posture peut entraîner des douleurs est que certaines positions entraînent un stress mécanique plus important sur certaines structures anatomiques (muscles, tendons, surfaces articulaires, ligaments, etc.). Même si cette théorie semble plausible, elle oublie complètement que les tissus ont une énorme capacité d’adaptation.

Tout est une question de stress mécanique, de tolérance des tissus et d’adaptation. Le tissu musculaire est un excellent exemple d’adaptation au stress. Vous connaissez sans doute les courbatures. Lors d’un entraînement, il se crée des microdéchirures des cellules musculaires. Il s’en suit une cascade inflammatoire et un processus de régénération. Ces étapes permettent à la cellule musculaire et aux tissus avoisinants de devenir plus résistants aux stress futurs. C’est pour cette raison qu’un même entraînement sans changement d’intensité ou de quantité de répétitions n’induit plus de courbatures après quelques séances. Les mêmes principes s’appliquent aux os (loi de Wolff), aux ligaments et aux tendons (loi de Davis). Ce n’est pas pour rien qu’on recommande des activités avec impacts pour prévenir l’ostéoporose. Les impacts créent un stress qui stimule la production osseuse. L’inverse est tout aussi vrai. Les astronautes envoyés dans l’espace reviennent sur la Terre avec une densité minérale osseuse plus faible causée par l’apesanteur.

Dans le cas des postures, les articles scientifiques cités plus haut démontrent bien que peu importe l’alignement, le corps s’adapte au stress mécanique. Toutefois, si vous changez votre mobilier de salon, votre matelas, votre chaise de bureau ou la position de votre bureau, il est fort possible qu’un temps d’adaptation soit nécessaire. Passer 8 heures assis devant un nouveau poste de travail risque de dépasser la limite de tolérance de vos tissus et de déclencher des mécanismes de douleur.

Bref, on ne court pas un marathon sans un entraînement rigoureux. Les muscles et les articulations s’adaptent à un entraînement progressif. Le même principe s’applique aux postures… Tout est une question de dosage.

2.      Le dommage tissulaire n’est pas synonyme de douleur.

Même si une mauvaise posture entraînait des dommages tissulaires, la quantité de dommage n’est pas liée à la douleur. La réalité est, que peu importe où l’on pointe le doigt sur le corps humain, il est possible de trouver des « dommages » à l’imagerie médicale chez des gens n’ayant aucune douleur.[5] Un haut pourcentage de la population a des bombements discaux ou de l’arthrose au niveau de la colonne vertébrale, sans pourtant avoir de douleur. La raison est que les dommages aux structures anatomiques ne sont qu’une partie du phénomène très complexe de la douleur.

Conclusion

Vous avez compris qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter de sa posture. L’important est qu’elle soit confortable et de la varier régulièrement. Varier sa posture permet d’éparpiller le stress sur différentes structures plutôt que sur une seule. De plus, la variabilité nous permet de maintenir plusieurs options de mouvements lorsque vient le temps de bouger. Les problèmes arrivent lorsque nous sommes incapables de choisir notre façon de bouger ou que nos options sont restreintes par rapport aux exigences de notre environnement.[6]

 

 

[1] Laird, Robert A., et al. “Comparing lumbo-pelvic kinematics in people with and without back pain: a systematic review and meta-analysis.” BMC musculoskeletal disorders 15.1 (2014): 1. http://bmcmusculoskeletdisord.biomedcentral.com/articles/10.1186/1471-2474-15-229

[2] Okada, Eijiro, et al. “Does the sagittal alignment of the cervical spine have an impact on disk degeneration? Minimum 10-year follow-up of asymptomatic volunteers.” European Spine Journal 18.11 (2009): 1644-1651. http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00586-009-1095-5

[3] DIECK, GRETCHEN S., et al. “An epidemiologic study of the relationship between postural asymmetry in the teen years and subsequent back and neck pain.” Spine 10.10 (1985): 872-877. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2938272

[4] Christensen, Sanne Toftgaard, and Jan Hartvigsen. “Spinal curves and health: a systematic critical review of the epidemiological literature dealing with associations between sagittal spinal curves and health.” Journal of manipulative and physiological therapeutics 31.9 (2008): 690-714. http://www.jmptonline.org/article/S0161-4754(08)00274-1/abstract

[5] http://www.lephysio.ca/grand-public/la-radiologie-de-la-douleur/

[6] Hamill, Joseph, Christopher Palmer, and Richard EA Van Emmerik. “Coordinative variability and overuse injury.” Sports Medicine, Arthroscopy, Rehabilitation, Therapy & Technology 4.1 (2012): 1. http://bmcsportsscimedrehabil.biomedcentral.com/articles/10.1186/1758-2555-4-45