La fascination pour les fascias est évidente. Les foam rollers et balles en tout genre sont omniprésents dans les centres sportifs. Certains roulent leur bandelette ilio-tibiale ou leur dos pendant que d’autres massent la plante de leurs pieds avec une balle de tennis. Chez les intervenants en santé, il existe même de nombreuses formations en relâchement myofascial, approches posturales, etc. Selon les approches myofasciales, un fascia trop raide peut être à la source de la douleur. Vraiment?

L’extensibilité des fascias

Contrairement à la croyance populaire, il est pratiquement impossible d’étirer un fascia. Une étude publiée en 2008 dans le journal américain de l’association d’ostéopathie, une association faisant elle-même la promotion de ces techniques de relâchement myofascial, a décrit les forces nécessaires pour étirer 3 fascias : le fascia plantaire, souvent ciblé dans les cas de fasciites plantaires, la bandelette ilio-tibiale et le fascia nasal superficiel.[1] Les résultats obtenus sont catégoriques :

  • Pour étirer la bandelette ilio-tibiale de 1%, une force de compression de 925 kg (2035 lb) ou une force tangentielle de 460 kg (1012 lb) sont nécessaires.
  • Pour étirer le fascia plantaire de 1%, une force de compression de 852 kg (1874 lb) ou une force tangentielle de 424 kg (933 lb) sont nécessaires.
  • Les forces nécessaires pour étirer la majorité des fascias dépassent largement celles qu’un thérapeute peut appliquer avec ses mains.

Surtout, les forces nécessaires seraient certainement plus élevées que celles que nous pourrions tolérer si on tentait d’étirer nos fascias!!!

étirement des fascias

Seuls les fascias superficiels peuvent être déformés par la thérapie manuelle. Le même groupe de recherche a établi qu’une force de compression de 10 kg (22 lb) ou une force tangentielle de 1 kg (2.2 lb) appliquées pendant 12 secondes sont nécessaires pour déformer de 8.6% en  compression et 2% en élongation le fascia nasal superficiel.[2] Pour les fascias plus profonds, il n’existe aucune évidence scientifique soutenant la théorie qu’ils peuvent être « manipulés ». Avant d’atteindre le fascia, la force est distribuée sur la peau et le tissu adipeux (graisses). Or, au-delà du tissu adipeux, les évidences sont manquantes. [3]

Comme il est impossible d’étirer la majorité des fascias, l’allongement de ceux-ci n’est donc pas la raison qui explique le soulagement de la douleur observé en clinique et dans les résultats de diverses études. [4][5] Comment peut-on expliquer ces effets?

Les mécanismes d’action des thérapies myofasciales

Les fascias, comme la grande majorité des tissus humains, regorgent de récepteurs servant à réguler tous les systèmes corporels. Robert Schleip du Fascia Research Group a effectué une revue de la littérature pour expliquer les changements à court terme observés par les thérapies myofasciales.[6][7] Selon ses recherches, les effets mécaniques sont inexistants lors d’une séance de « manipulation fasciale ». Il s’agirait plutôt d’effets neurophysiologiques suite à la stimulation des récepteurs contenus dans les fascias. C’est-à-dire que les thérapies myofasciales calmeraient le système nerveux sympathique ce qui diminuerait le tonus musculaire (↑ la flexibilité) et modulerait les circuits du système nerveux impliqués dans la perception de la douleur (↓ la douleur).

Jusqu’ici, rien de nouveau à l’horizon. Les effets positifs de l’ensemble des thérapies manuelles seraient principalement dus aux effets neurophysiologiques.[8] Le touché lui-même a un effet puissant sur la douleur.[9]

Les avantages chez les sportifs

Même si les fascias ne sont pas modifiés par ce type d’intervention, il n’en reste pas moins qu’il existe des avantages à utiliser des « étirements » myofasciaux  chez les sportifs.[10]

Avant l’entraînement, cette stratégie permet d’augmenter l’amplitude articulaire sans les effets négatifs généralement associés aux étirements « classiques » tels que la diminution de la force musculaire. Il s’agirait donc d’une façon efficace pour augmenter sa mobilité avant un échauffement plus général.

Aussi, la  diminution de la performance motrice après un entraînement serait moindre après une séance de massage avec un foam roller. De plus, les courbatures post-exercices seraient également moins importantes.

Conclusion

Finalement, si vous êtes un habitué des massages ou du relâchement myofascial, sachez que votre thérapeute ne peut en rien modifier la longueur de vos fascias quoiqu’il en dise. Il peut toutefois modifier votre sensation de raideur et diminuer la douleur, mais les effets sont temporaires. Il faut se méfier des messages selon lesquels des fascias « trop raides » expliqueraient nos problèmes de santé et qu’ils devraient être étirés. Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas d’effet mécanique sur les fascias avec nos mains.

Autrement, le relâchement myofascial semble être une bonne stratégie pour augmenter la mobilité articulaire à court terme et pour réduire les courbatures post-entraînement. Bref, utilisé au bon moment et pour les bonnes raisons, il s’agit d’un outil de plus dans votre arsenal.

Il faut se méfier des messages selon lesquels des fascias « trop raides » expliqueraient nos problèmes de santé et qu’ils devraient être étirés. Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas d’effet mécanique sur les fascias avec nos mains.

[1] Chaudhry, Hans, et al. “Three-dimensional mathematical model for deformation of human fasciae in manual therapy.” The Journal of the American Osteopathic Association 108.8 (2008): 379-390. http://jaoa.org/article.aspx?articleid=2093620

[2] Chaudhry, Hans, et al. “Deformations Experienced in the Human Skin, Adipose Tissue, and Fascia in Osteopathic Manipulative Medicine.” The Journal of the American Osteopathic Association 114.10 (2014): 780-787. http://jaoa.org/article.aspx?articleid=2094697

[3] Bayrakci Tunay, V., et al. “Effects of mechanical massage, manual lymphatic drainage and connective tissue manipulation techniques on fat mass in women with cellulite.” Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology 24.2 (2010): 138-142. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1468-3083.2009.03355.x/abstract

[4] Piper, Steven, et al. “The effectiveness of soft-tissue therapy for the management of musculoskeletal disorders and injuries of the upper and lower extremities: A systematic review by the Ontario Protocol for Traffic Injury management (OPTIMa) collaboration.” Manual therapy 21 (2016): 18-34. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1356689X15001745

[5] Yuan, Susan Lee King, Luciana Akemi Matsutani, and Amélia Pasqual Marques. “Effectiveness of different styles of massage therapy in fibromyalgia: A systematic review and meta-analysis.” Manual therapy 20.2 (2015): 257-264. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1356689X14001829

[6] Schleip, Robert. “Fascial plasticity–a new neurobiological explanation: Part 1.” Journal of Bodywork and movement therapies 7.1 (2003): 11-19. http://www.bodyworkmovementtherapies.com/article/S1360-8592(02)00067-0/abstract

[7] Schleip, Robert. “Fascial plasticity–a new neurobiological explanation Part 2.” Journal of Bodywork and movement therapies 7.2 (2003): 104-116. http://www.bodyworkmovementtherapies.com/article/S1360-8592(02)00076-1/abstract

[8] Bialosky, Joel E., et al. “The mechanisms of manual therapy in the treatment of musculoskeletal pain: a comprehensive model.” Manual therapy 14.5 (2009): 531-538. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1356689X08001598

[9] Mancini, Flavia, et al. “Touch inhibits subcortical and cortical nociceptive responses.” Pain 156.10 (2015): 1936-1944. http://journals.lww.com/pain/Abstract/2015/10000/Touch_inhibits_subcortical_and_cortical.13.aspx

[10] Cheatham, Scott W., et al. “THE EFFECTS OF SELF‐MYOFASCIAL RELEASE USING A FOAM ROLL OR ROLLER MASSAGER ON JOINT RANGE OF MOTION, MUSCLE RECOVERY, AND PERFORMANCE: A SYSTEMATIC REVIEW.” International journal of sports physical therapy 10.6 (2015): 827. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4637917/